F I C T I O N N A I R E

vendredi 31 juillet 2009

Réponse au Monde Inquiet

C'est appuyé du chant répétitif et exaspérant des oiseaux superflus dehors, que l'intelligence donne l'éveil au centre de mes opérations. Je vous épargne beaucoup de détails mais la vision dont je profite ce matin égale dans mon livre à moi, à celle d'un monde parfait.

Un nouveau jour se lève, je repose entre les chairs de deux femmes nues. Je ne m'y sens pas plus désemparé qu'un fruit dans l'alcool malgré mes membres ankylosés pour avoir servi d'oreillers de fortune. Au contraire, je dois compter parmi les gueules de bois les plus comblé au monde.

J'ai la tête à même l'Éden tempéré de la poitrine d'Èva, que j'enlace sans retenue. Aussi! Je décèle sur le champ un autre parfum. Les courbes rendues floues par leurs positions impossibles me confondent au désordre de ses membres. En y regardant de plus près, il s'agit à mon grand désarroi de Alice blottissant tout son saoul contre le nôtre. Suffit-il, pour mieux vous situer, de spécifier que je suis nu aussi, et que mes muscles me font l'effet d'un clair brouillard chaud. Je jouis du moment, les neurones au neutre, résistant fort à l'idée que ce genre de chose ne se produit que dans les romans des autres.

J'imagine que je me noie dans le lac de leurs peaux. Je me demande (par ordre d'importance, par exemple :) si nous l'avons fait...? Si nous avons baisé je veux dire ?! Je m'en voudrais à mort d'avoir oublié cela ! Aussi je fais le mort, je me pratique à être paré contre toutes les éventualités, tout en priant de me remettre de l'ultime soubresaut car un mal de crâne aux relents bien arrosés m'assaille!...


- Il va me tuer de toute façons !, lâché-je à ma propre intention au souvenir de Jules. Je suis un homme mort !

C'est alors qu'Èva, mécanique comme dans un ballet inconscient, se retourne mollement. Au moins avec elle je sais à quoi m'en tenir! Et bien que tous ses muscles soient tendus : je le vois bien d'où j'émerge ; elle étire au-dessus de moi un drap que Alice a d'enroulé autour de la taille et n'a aucunement l'air de vouloir céder. Cela créé un tunnel blanc dans lequel je me sens fait comme un rat car je commence à bander... Mon accident sur le point de se produire gonfle du torse, elle met en évidence ses poumons largement sous évalués par nulle autre que moi-même. Cela prend des proportions d'une telle envergure que je me vois mal en point de me sortir de ma fâcheuse position sans réveiller l'une d'entre elles. Le temps que le supplice ne dure, je me demande comment je saurais si cela était pour moi le bonheur!!! Puisque Dieu semble de mon bord! Qui sera contre moi?!!!, songé-je pour m'appuyer.

Je manoeuvre avec extrême minutie hors de là, à l'aide des coudes d'abord, puis de toutes mes forces en direction du pied du lit en me frottant à Èva (tout en pensant à Alice) un véritable sans coeur dans l'âme ; c'est plus fort que moi ! Je reviens néanmoins d'une épreuve en vainceur, à genoux, la bouche doublement pâteuse, la bitte molle de terreur, avec mon honneur intact.

J'ai en supplément la croupe dorée de Alice planté droit dans les yeux, et de cet angle-çi, on croirait une fleur ne demandant qu'à se laisser butiner, un piège dans mon catalogue personnel! - Marc ! Ce que tu peux être vilain ! C'est bien ce que je me suis d'abord dit. Ensuite, appelons les choses par leurs noms : je me suis franchement rinçé l'oeil à son dépens pour la première fois depuis qu'elle traìne dans les parages ! Aussi, pour mes propres annales, je note que c'te nana a un sacré bon rasoir car elle n'a de poil nullepart. Elle a la corps couleur de bronze. J'aurais un filet de bave qui me coulerait des lèvres que cela ne me surprendrait qu'à moitié. Tout en dérobant cette image pour l'éternité dans ma mémoire, un peu bafoué par l'apocalyptique vision de l'origine de l'homme, je m'assure que d'aucun condoms à la traîne ne vienne confirmer ma hantise d'un trou de mémoire fatal mais tout est nickel et rien ne va plus!

Aussi, je prends une grande bouffée d'air frais près d'une fenêtre, je m'en remplis à plusieures reprises les poumons tout en étant conscient de la lumière pailletée où mes pires craintes et mes plus fols espoirs font collision. On n'a pas idée de se mettre dans de tels états! Cela me touche suffisamment pour que je m'appuie un moment à la chambranle. Je fais glisser mon pantalon du bout d'un orteil vers moi. La monnaie fait un peu des siennes lorsque je l'empoigne.

Les filles ronflent in petto, je juge prudent d'évacuer les lieux en refermant...

Il règne dans la cuisine un tel ordre que deux choses idiotes m'effleurent simultanément l'esprit au premier contact avec cet univers tout neuf, soit : une fée a joué de la baguette magique dans le coin, soit ; nous avons été cambriolés, car le machin à jus, le truc à malaxer, - qu'est ce que j'en sais encore ? Même le grille-pain a disparu !

J'avale de longues rasades d'eau fraîche du robinet qui reste glacée malgré la chaleur qui pèse depuis des semaines. La faculté de penser reprend le dessus dans le chaos de mon esprit. J'ai le cerveaulent qui s'organise et une de ces soifs, quand spontanément, pas peu fier de mes prouesses sentimentales, je me retrouve un peu comme à l'époque où je trompais mon épouse. Cela me décontenance à peine. Je fais une pause pour laisser les mots agir pleinement, ensuite je me précipite vers le salon où à une distance respectueuse je peux constater qu'une forme humaine est enroulée dans un sac de couchage sur le canapé. Je secoue la tête en revenant sur mes pas. Je préfère ne pas trop chercher à comprendre ce qui a pu se passer. Au passage j'emporte mon veston pour finir par m'enfermer dans l'atelier, du moins c'est ainsi que nous appelons cette piece étroite dans laquelle je me livre à mes velléités d'écriture. Je me dis qu'au pire la semi-oscurité jouera en ma faveur si le nouvel amant de Alice me fait des histoires, sans compter que j'ai bien peur que la lumière directe ne me tue à cet instant précis de ma vie. Or, je tire les rideaux pour y voir un peu plus clair et constate que la table de travail a durement écopé. L'ordinateur indique erreur d'imprimante, pendant que des verres de tout acabit font de jolies presse-papiers rouge et or. Je mets un temps qu'il m'est difficle d'évaluer afin de remettre de l'ordre au fil de mes idées.

Lorsque mes yeux se sont habitués à l'éclairage, que je me sens le courage de bouger, j'entreprend ce que tout homme sensé ferait, j'arrache de mes poches de pantalon des billets tout froissés, j'en fais une petite montagne qui réussit à m'arracher un sourire de satisfaction.

Avez-vous déjà eu la sensation que tout va trop vite ? Que cherchant en quelque sorte le frein au train des événements, vous avez l'impression de poser le mauvais geste au pire moment ? Ce sentiment me gagne alors que dans une série de contorsions indélibérées, avec des mouvements qui ne me ressemblent pas, j'écrase à la va vite, tel un zombie, la poudre de perlimpimpim que Alice m'a refilé juste avant que je ne sombre.

J'en aspire néanmoins une longue trainée dans une narine et l'autre tout aussi rapidement de l'autre coté. Je me frotte les gencives avec ce qui reste sur la table comme je l'ai vu faire dans les films. Un véritable drogué ma parole!

-1999, mtl

jeudi 30 juillet 2009

On l'a Abattu sous mes Yeux

Hier, quand on l’a abattu sous mes yeux, je ne disposais d’aucun moyen pour empêcher ce crime plutôt qu’un autre. D’autant plus que Eve et moi escaladions une passe particulièrement pénible. Les crevasses qui, depuis belle lurette, lézardaient nos assises, nous menaçaient d’un glissement de terrain imminent, a tel point que j’avais prétexté un soudain malaise pour me tirer du boulot. Je rentrais à l‘appartement, bien résolu a marcher sur la corde raide au-dessus du gouffre mais elle était partie faire des courses, et par une journée ensoleillée, cela ne lui ressemblait, alors là, pas du tout !

Toujours est-il que, vers treize heures, j’attendais son retour en sirotant un whisky, au dernier étage d’un immeuble bordé d’arbres centenaires, dans notre appartement parsemé de baies panoramiques, avec vue sur un square aux allures victoriennes, - de sorte que nous avions renoncé à accrocher des rideaux -, j’admirai longuement les faisceaux irisés qui dansaient dans mon verre comme dans un kaléidoscope. Des mésanges s'ébrouaient à proximité, folâtrant aux branches du grand érable plaine. Ma présence ne les importunait guère plus que celle de l‘homme invisible.

Je descendis chercher le courrier. Je feuilletai le contenu des enveloppes, refrénant l'impulsion de flanquer à la poubelle les notes de téléphone et d'électricité. Les nouvelles désobligeantes arrivant toujours en groupe, la dernière d’entre elles n’était pas des moindres…: un avis signé par le responsable des travaux publics décrétait que la voirie se préparait à passer à l'acte.

Je me suis aussitôt remémoré une conversation avec un de nos voisins, qui jurait que les arbres, à la source de notre engouement pour cet appartement, finiraient par être coupés. Étant donné qu’on les avait étranglés dans le bitume, m’avait-il confié, cela ne représenterait pas une bien grande perte ! Ça lui épargnerait de ramasser les kilos de samares qui dégueulassent annuellement sa voiture.

Autant vous dire qu’Eve vouait une adoration toute particulière à ces arbres. J’avais jugé préférable de garder l'entretien en question secret. Je vérifiai toutefois la date sur l'avis et sur le calendrier. Nul besoin de chercher plus loin : tout concordait irrémédiablement. Je pliai la lettre, la fit disparaître dans la poche de mon bermuda et tentai de le chasser de ma mémoire. J'espérais seulement qu’Eve n'aurait pas vent de cet assassinat avant que je ne trouve le courage de lui en parler.

Eve, de tout temps sensible à ce genre d'attention, ne resterait pas froide à mon projet de déjeuner en tête-à-tête. Je sortis du placard des plats colorés, et parai la table comme pour une fête, malgré un moment d'hésitation devant la pénurie compromettante de denrées au frigo. C’était là l’essentiel de ma stratégie, quand le Bip! familier d'un engin motorisé qui recule fit déguerpir mes petits copains les oiseaux. Je me ravisai, et me laissai piquer au jeu ; juste en bas, un camion à nacelle manœuvrait vis-à-vis de l'immeuble.

Il se gara, pour ainsi dire à bout portant. Deux types en descendirent se déplaçant avec cette lenteur propre aux employés municipaux. Ces deux là étaient définitivement syndiqués. L’un des deux procéda à la délimitation d’un périmètre de sécurité autour du tronc de l'arbre, tandis que l'autre extrayait un Thermos d'un sac planqué à l'arrière de la plate-forme.

Je gardais, en remuant la salade, un œil inquiet sur ce que trafiquaient ces deux envoyés spéciaux. J'allumai le transistor lorsque les ennemis jurés de la nature entamèrent leur gueuleton. Je tranchai du pain, sortis le beurre et préparai une vinaigrette. Tel un chirurgien, je me lavai avec application les mains comme si je pouvais en éliminer les germes du grave problème sur le point de devenir mien. A la radio un journaliste énumérait les catastrophes qui avaient secoué la planète depuis l’aurore : vague d'attentats, génocides en série, hausse des infanticides, baisse du taux de natalité, excès de dépenses au Sénat... Clic ! J'en avais assez entendu...

Je fouillais dans le dernier tiroir de gauche, à la recherche de quelques nappes colorées quand par la plus pure des coïncidences, je découvris une pile de magazines, qui croyez-moi si vous le voulez, n'étaient pas les miens !

J’ai tout d’abord pensé qu’il s’agissait d'un catalogue d’implants mammaires, car les nichons en page couverture m'avaient l'air d'avoir nécessité une certaine chirurgie. Le panthéon de déesses me certifia la supériorité du corps féminin sur le reste. De fil en aiguille, je finis par siffler la bouteille et desserrer les mâchoires.

Pour un peu, je serais retourné prendre une douche.

Mais Clac ! : Eve franchissait ostensiblement la porte.

Vlan ! : Je refermai le tiroir.

Le vrai problème avec la vie, - je ne parle que pour la mienne - c'est qu'elle est singulièrement orchestrée!

- Adam ! , t'es là ? !..., cria-t-elle du bout du couloir.

- Oui chérie ! Dans la cuisine... J’ai besoin de te parler !

- Attends voir ce que je me suis achetée ! Je l'enfile et j'arrive !... Tu me donneras ton avis !

Les interminables secondes qui suivirent ne me suffirent pas à reprendre mes esprits. Lorsque la génératrice se mit à gémir, j’aurais voulu prévenir Eve de ce qui allait se produire, bien que cela n'aurait fichtrement rien changé.

Je reculai dos à la fenêtre…

Le bras porteur de la grue propulsa lentement la nacelle vers moi, exécutant un long travelling au même moment où l'actrice principale surgit dans l'embrasure de la porte. Elle était d'une rare beauté, subtilement maquillée. Ses lèvres esquissèrent un sourire hésitant, qui lorsqu’Eve crut saisir la signification de ce qui se passait de l'autre côté de la fenêtre, transforma son visage tout entier.

- C'est pas vrai !!! , hurla-t-elle.

J'aurais voulu lui répondre que la vérité sur terre … ! Mais je fus réduit à me retourner sur mon axe et à assister à la pire chose qui, à mon sens, pouvait désormais arriver : un type en combinaison verte qui immobilisant la coque d’une nacelle au niveau de la fenêtre, fut tout aussi ébahi de nous surprendre ainsi, qu’Eve dont la jupe moulante incitait à la bonne humeur. Il s’épongait le front en souriant. Je n’aurais pu positivement l’identifier derrière son casque à lunettes protectrices. J’eus seulement la fulgurante intuition, que cet inconnu chargé du destin, allait secouer notre monde d’une force dévastatrice. Ma première réaction fut de lui faire un bras d'honneur. En guise de réponse la nacelle rugit de plus belle.

Notre voyeur sortit de nos vies comme il était venu, brandissant une tronçonneuse. Cap sur le sommet de l'arbre à décimer. Eve, horrifiée, gémit une phrase que le vacarme du camion rendît inaudible. Je tendis les cuisses, écartai un tant soit peu les jambes. Je balançai sur l'une puis l'autre, prêt à la retenir, pour le cas où elle déciderait de se porter au secours de notre ancêtre feuillu.

Lorsque le choc sonore de la tronçonneuse éclata au-dessus de nos têtes, Eve empoigna une tasse qu'elle envoya se fracasser contre le carrelage à mes pieds, puis s’enfuit sur les chapeaux de roues. Je me lançai spontanément à sa poursuite malgré les éclats de céramique qui ne me ralentirent guère, au contraire, je fonçais.

Je réussis à coincer la porte de la salle de bains avec mon pied. Celui qui saignait justement. Nous avons joué du qui perd gagne un bref instant. Puis elle se résigna à me laisser entrer. Elle posa ses fesses sur le rebord de la baignoire. Je m’affalai sur le siège de toilette. Quand elle eut la tête entre les mains, je déroulai du papier hygiénique à l'aide duquel j’épongeais soigneusement le sang. Je prenais tout mon temps. Car j'avais tout mon temps. Enfin, c'est ce que je croyais ! Nous sommes tous impuissants face à la douleur. En dépit du bruit atténué, elle me lance à tue tête : « Ça fait exactement un mois que je couche avec Suzanne ! ... Un mois ! … Tu te fous de ma gueule ? ... Soit tu me trompes… ? ! Ou tu ne m'aimes plus... Y’a pas trente-six mille solutions ! …»

Je retirais un à un les infimes éclats de céramique. Je répondis : « Un mois ! ... , sourire fendu jusqu’aux oreilles je renfonce le fer chaud : Petite cacotière va ! Un mois ça se fête, il fallait me prévenir !

Il m’apparut évident que j’avais tout intérêt à changer de tactique, sinon cela risquait de se gâter. Mais avant que je ne puisse formuler ma prochaine phrase, elle rajouta :

- J’en ai marre de ton indifférence ! … Marre de tes excès, marre marre marre !!!

Pendant qu’elle allumait nerveusement une cigarette, je tentai de la déstabiliser :

- Regarde-moi bien dans les yeux ! ... Il y a longtemps que je ne fais plus ce que je veux de ma vie... Tu ne me diras pas le contraire ? ! … Ai-je l'air de m'en plaindre ???... J’ai besoin de me décontracter de temps en temps. Je t'en prie ! Une bonne nouvelle à la fois ! ...

Elle se leva et se jaugea dans le miroir, d’où je la voyais tout flou comme dans un rêve. Étant donné la douleur qui m’élançait au talon, je me suis dit qu’en fait de cauchemar, celui-ci méritait un oscar virtuel. Le vrombissement de la tronçonneuse me confirma une fois pour toute le concret de la situation.

- Je te quitte ! brailla-t-elle. JE TE QUITTE !!!... C'est tout ce que ça te fait ? !!!

- Rien à déclarer ! , m’étranglais-je comme si j’avais besoin de cette torture.

- Cœur-de-pierre ! ... Salaud !!!

Je sautillai sur une jambe jusqu'au lavabo et immergeai ma blessure. L'eau devint aussitôt rouge. Je ne voulais, ni ne pouvais croire ce qu'elle venait de m'annoncer. Par ailleurs, il y avait des mois qu'elle ne bossait plus, je ne voyais pas comment elle avait pu s'offrir un tel caprice. Je fouillai dans la pharmacie pour du sparadrap pendant que mes neurones établissaient un premier bilan.

Eve trépignait sur place, ses yeux se révulsèrent par intermittence. Entre deux spasmes elle me foudroya du regard et me dit : «Cette fois t’es allé trop loin ! T'avais qu'à téléphoner pour me prévenir ! Le téléphone ça existe ! ...» Je rétorquai : « C’est que… »

- C'est que t'en as rien à foutre ! , relativisa-t-elle. Je rentre sur Paris le quatre ...

Nous avions l'air de boxeurs sinistres se jugeant avant le match, j’examinais chaque battement de cil de mon adversaire, battu d’avance par le fort faible que je nourris pour elle, depuis ce jour où mon regard s’est posé sur le lac de ses yeux dans lesquels je n’ai cessé de combattre le courant pour ne pas m’y noyer. Elle rajouta : « Je me barre... Je m'arrache... C'est fini entre nous. T’as gagné ! Chapeau, champion ! » Incapable de soutenir son regard, si seulement j'avais des reproches à lui faire, ne serait ce qu’au sujet de cette passade avec Suzanne ! Je refusais de m'étendre sur les motifs de leur supercherie. Tout ça était de ma faute. Ma langue se délia enfin ; je changeai de sujet. Je me lançai dans une longue diatribe qui ressemblait à du chinois car je laissais mon corps en état de choc parler pour moi. Mon corps n’avait pas les mêmes idées que moi.

Elle haussa les épaules, me serra un bras. Je me tu. Un long soupir lui échappa. La rage la fit vibrer.

- T'es sourd ou quoi ? !!!... Je m'en vais ! ... T'es satisfait ???

J'avais les jambes comme de la guenille. Manque de pot, je tombai à genoux, m'accrochai à ses cuisses et me mis à chialer. Mon étreinte mélangeait l'excitation au chagrin. Caresser Eve m'a toujours fait cet effet-là. Je couinais tel un bébé auquel on arracherait un à un les ongles. Je râlais, incrédule face à la méchanceté du sort que je méritais au centuple.

Sur ces entrefaites, le télé-avertisseur fixé à ma ceinture fit des siennes. Malgré ma position compromettante, ma curiosité l’emporta, je jetai un œil au petit écran à cristaux liquides. Eve utilisa le fragment de seconde où je défis mon emprise pour reculer d'un demi pas. J'étais agenouillé, implorant l'absolution. En contre plongé comme ça, ses seins charnus un peu tombants retinrent mon attention. Elle ramassa un chemisier sur le panier de linge sale et l'enfila. Elle dominait la situation de plusieurs têtes, elle se pencha sur moi, et d'une voix presque enfantine, avec un accent de désespoir elle me balança : « Et en plus tu vas te barrer ! ... Vas-y ! ... T'es une ordure ! … »

Ma tête se rétracta dans mes épaules au moment fatidique où elle me décocha une gifle magistrale. La porte n'avait pas encore claqué, que je m'effondrais sur la tuile en martelant le sol. Il y avait longtemps, avec une femme, que je n'avais pas communiqué ainsi.

Le télé-avertisseur s'emballa de nouveau. Cela suffit à me remettre la tête à l'endroit. J'essuyai les larmes qui me dégoulinaient sur le visage. J’y lus qu'il y avait urgence au chantier. J'enfilai des chaussettes qui traînaient par terre. Elles ne sentaient pas trop, mais étaient un peu rudes lorsque j'y introduisis les pieds.

Le couloir sans écho glissa sous moi, je me retrouvai devant la porte de la chambre à coucher, où elle s'était barricadée. Je cherchais une phrase appropriée. Je frappai doucement… : Pas de réponse. Pourtant !… Le plancher craquait à ses déplacements. Je perçus soudain qu'elle s'approchait : elle arracha quasiment les gonds en ouvrant ; peut-être, allait-elle me donner la chance de m'expliquer ?

Des vêtements propres apparurent à mes pieds. La porte se referma aussitôt. Je l’implorai : « Eve ! ... Chérie ! Je rentrerai le plus tôt possible... On pourra parler ! ... »

Ce qui m'étonnait, c'est qu'au lieu de se calmer, elle semblait s'agiter. J’écrasai mon oreille contre la porte. Il m'était impossible de déchiffrer les bruits bizarres qui se succédaient. J'étais sur le point de forcer la note, prêt à défoncer si nécessaire : « Pour l’amour de Dieu ! : Dis-moi quelque chose ! » Elle répondit : « Casse-toi !!! J'ai besoin d'être seule. » Je la sentais malgré tout appuyée contre le revers de la mince cloison, prête à capituler : « Téléphone-moi plus tard », me rassura-t-elle : « Moi aussi je t'aime ! ... J'ai besoin de réfléchir... T'es là ? » Elle avais bien dit : « Moi aussi je t'aime ! » Je n'avais pas rêvé.

À mon avis, nous progressions. Je murmurai : « Oui mon cœur ! » et tournai sans succès la poignée. Elle sanglotait de nouveau.

- Peux-tu me laisser un peu d’argent ? , fit-elle au bout d’un certain temps.

- Sur la table chérie ! ... Faut que j'y aille ! ... Plus tard mon amour !

- D'accord !... Mais à une condition !

- Quelle condition ??? !

- Ne m'appelles plus ton amour !!!


(extrait de POURQUOI CELA N'ARRIVE QU'À MOI, roman paru en 1999)

mercredi 22 juillet 2009

Cinglé de Dieu

Quand je lisais: Repens-toi! Je me demande ce que je comprenais? Quand j'entendais: Beaucoup sont appelés mais peu sont choisis! Je me demande ce que j'imaginais?

Cela a beau avoir mis près d'un demi-siècle mais l'appel, si ce n'est un commandement, m'a mis au pied du mur; j'ai obtempéré et je commence enfin à trouver les réponses à toutes mes grandes questions existentielles. Autant de choses que j'avais lues, autant de notions qui me paraissaient plus symboliques que réelles, plus allégoriques que techniquement plausibles, dont devenues un part de ma réalité intégrale. Et comme vous le verrez, ce n'est pas ce à quoi les livres de désinformation religieuse, ni les traités philosophiques, nous ont illusioné à croire!

Pour ceux qui comme moi se sont laissés glisser au fil du temps, ceux ont fait de la glorification de l'intéllecte, du péché facilement justifié, du mensonge, de l'adultère, du vol, de l'héroinomanie, de l'alcoolisme, de la prison, de l'abandon, et du rejet de la société, des valeurs acceptables - un choix qu'ils croyaient conscients, le contrecoup de cet éveil peut mener d'abord à une manière de phychose, qui se transforme en institutionalisation psychiatrique et dans certains cas peut aussi être fatalement suicidaire. Car voir à travers le voile, provoque au départ un choc tout à fait fulgurant.

Traverser le voile de la matrice c'est sortir de la caverne de Platon. Et voici comment, dans la République, ce dernier entame son allégorie :

"Dans une demeure souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ne nous ressemblent-ils pas ? Ils n'ont jamais vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu'à eux. Des choses et d'eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos.

Que l'un d'entre eux soit libéré de force de ses chaînes et soit accompagné vers la sortie, il sera d'abord cruellement ébloui par une lumière qu'il n'a pas l'habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l'on veut lui montrer. Alors, Ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure ? S'il persiste, il s'accoutumera. Il pourra voir le monde dans sa réalité. Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n'est qu'en se faisant violence qu'il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d'imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : ne le tueront-ils pas ?"

Pour ceux qui ont toujours cru, donc du même coup toujours douté en la force créatrice de l'Univers, l'éveil spirituel en cette époque, sur cette planète, n'est pas une sinécure. Avec la multiplicité de techniques offertes pour maquer Dieu(x) en trois leçons sur DVD, de sites offrant gurus, méthodes et montagnes de livres d'auto-hypnose facile, le chercheur se laisse embrigander à plusieures sauces avant de trouver la seule source sûre, celle qu'il avait en lui depuis le premier jour. Et de tenter d'en affranchir ses semblables est une erreur dont il devra se rétracter car personne ne voudra croire à la véritable nature de cette réalité qu'ils ne peuvent encore percevoir, et qui est en eux.

Par ailleurs, les textes fondateurs de la psychiatrie, qui furent rédigés par ceux qui n'ont aucun intérêt à ce que nous nous éveillons, ont été écrits de manière à faire passer les êtres qui traversent la Matrice pour des cinglés, pour les faire enfermer puis pour leur administrer sur le champ une multitude de drogues pharmaceutiques destinées à les rendormir, et à les discréditer totalement face à la société.

De cette manière, les éveillés n'iront pas semer la pagaille dans le plan machiavelique du système de contrôle qu'opère le gouvernement mondial secret, car: - Meuh Non! Tu vois bien qu'il est cinglé ce type, il imagine tous ces trucs. Sinon nous le saurions?!

Cela équivaut à fournir le plan d'un immeuble à des aveugles et leur demander de nous guider vers la sortie alors que le feu rage à l'intérieur! Et c'est effectivement la technique prépondérante utilisée par les médias, et les gouvernements peuplés de fantômes, qui nous fournissent leurs conclusions dès le premier paragraphe pour continuer à nous rouler dans le semoule. Or le feu est bel et bien pris à notre immeuble, et seule notre lumière intérieure nous permettra individuellement de trouver la sortie de secours, il n'en sera pas autrement.

dimanche 12 avril 2009

Le Remède de Toi

J'aime aimer mon ennemi, qui lui seul se frotte à mon émeri. C'est à deux mains, trois yeux et deux branlements mal rasées que je vous convie à me péter les tympans dans le zoo aux chiens savants. De vieux singes qui mordent vont te triquer la mise, et te niquer ta chemise, avant la remise de la mort aux dernier concurrent.

Quand les tarés touchent aux vieilles dames sans défense, la limite du litige a atteint son comble, et ce sera à quatre mains que tu retourneras d'où tu viens. Quand on a plus de joue à retourner, il convient de se retourner le cap de bord, et la tasse débordera sur tes boxers mal odorant.
Monte le volume, ma facture n'est pas assez salée.

Si les chars des voisins suivent mon PC, je traverserai le parking pour le déconnecter. Ainsi que le petit bout de fil qui te retient en Avril. Un feu est vite parti dans un château de cartes construit sur le mensonge. Les tapettes vont se chercher ailleurs des mouches aussi, quand le dégel fera son plein. La cigarette du con damné à vivre dans le clou de girofle aux zombies qui fuient leurs gifles tels des enfants aux griffes par en dedans.

Scotche ta tuque à l'envers car les pédalos vont valser dans un champ de blé d'inde yesterday. Dans la douceur d'une déprogrammation saccadée, des experts en manque de neurones vont se la décoller aux petites heures de la nuit sournoise. À tout mal, il existe un remède...

jeudi 16 octobre 2008

L'Illusion du Meilleur et la Loi du Pire

J'ai longtemps cru que l'écriture finirait par frapper à ma porte. Que telle une compagne perdue de vue, elle reviendrait me voir. Je me suis réconforté aux braises illusoires d'un sujet qui traînait juste-là sur le pallier... Et, en voyeur mal averti, je suis longtemps resté, avec un œil dans l'œilleton, pour finir par ne rien y trouver.

Pourtant, quand j'inversais mon point de vue, que je regardais vers l'intérieur, les soubresauts se succédaient et ne cessaient de me faire suer. Peut-être avais-je peur de regarder dans la bonne direction? Toujours est-il que depuis quelques temps, j'ai changé de point focal, et réajusté la direction vers laquelle ma lentille cherche à trouver son jus.

Le seul sujet encore possible, c'est moi!

La preuve en est que, de tous les domaines vers lesquels l'esprit rationnel se tourne, découvrant des strates de données plausibles, l'homme reste toujours voué au grand inconnu... D'où l'avènement de l'autofiction sur le plan littéraire mondial, une tendance qui n'a pas l'air de vouloir céder le pas. Bien entendu, la vérité est difficile à mettre en mots, mais l'imagination, dans mon cas, ne fait plus l'affaire...



vendredi 8 août 2008

Je me suis réveillé en hurlant

Je me souviens parfaitement du matin où j'ai mis les bouts. Je m'étais réveillé en hurlant, secoué par la violente réalité de mon cauchemar dont les détails vibraient intensément en moi. Je me souviens surtout que quelques minutes plus tard, j'avais remis ça, j'avais hurlé de plus belle, cette fois avec les yeux grands ouverts.

À l'ultime moment de ma torture, ne pouvant plus me retenir, je m'étais précipité vers les toilettes non sans gémir à cause de toute la bière ingurgitée pour trouver le sommeil. C'est là, qu'en me relevant la tête, que je tenais entre mes deux mains, lorsque mon regard croisa le miroir au dessus du lavabo, je l'ai soudain revue et cela m'a arraché un sacré cri. L'espace d'un instant, la dernière image du rêve qui m'avait secoué, avait pris forme derrière moi. Même miroir, même visage ensanglanté de cette inconnue aux cheveux blonds cendrés.

mercredi 2 juillet 2008

Nadine et moi

Nadine et moi, étions accros à l’héro quasiment depuis mon arrivée en France en '81. C’était pourquoi nous avions quitté Montpellier. Afin de faciliter notre approvisionnement en substance et aussi pour laisser la poussière retomber sur mes frasques méditerranéennes. Car si mon dernier patron, faute de preuves, n'avait rien tenté légalement contre moi, c'est bien qu'il savait que j'en savais trop sur ses magouilles. Si je n'avais pas accepté son offre qui consistait à sortir mes billes du jeu, de me retirer avant le tsunami et de continuer à respirer normalement dans un monde incertain, il m'aurait jeté en pâture aux molosses qui assuraient la sécurité de la boite de nuit. Sa boite de nuit, le Grand O...

Depuis notre arrivée sur Paris, nous vivons dans des hôtels , ma douce et moi. À une période, nous avons changé tellement souvent d’hôtels, que c’en était devenu méga-galère. Nadine étant une artiste elle aussi, nous avons bon nombre de boites, sans compter ce que deux adultes aux mains spécialement douées pour faire disparaitre des objets des des boutiques, des librairies, des épiceries, et les réapparaitre à un moment opportun. Ce que nous accumulons en un mois dans cette ville est incroyable. Nous volons dans les boutiques à plein temps. J’ai des centaines de livres d’Art empilés dans tous les coins. Chaque fois que nous allons en banlieue visiter ses parents, nous laissons des sacs remplis de vêtements, bibelots de chez les antiquaires, livres, et objets dans son ancienne chambre, à Orsay, dans le pavillon de ses parents.

Qu'est-ce qu'un petit cul de Longueuil comme moi fait à Paris par un jour comme aujourd'hui?

Afin de vous situer, disons d'abord que j’ai rencontré Nadine en 1980. À mon grand détriment, j'étais déjà marié et père d'un garçon de moins d'un an appelé Tristan. Elle avait vingt-trois ans, moi vingt et un, elle était artiste d'avant-garde j'étais galiériste d'avant-garde, j’avais programmé son exposition, une installation, pour inaugurer LIMITE, ma toute nouvelle galerie d’art sur la rue Sainte Catherine à Montréal. J'étais jeune, naïf et sans doute que je doutais de mes propres capacités, je mettais toujours la barre trop haute.

Quand Nadine est débarquée avec ses films et tout le reste, je fus subjugué, enfin une artiste qui créait des œuvres multidisciplinaires avec une approche académique.... Une qui brisait les limites.

Ce fut le coup de foudre, qui détruisit sur le champ ce qu'il restait de mon mariage avec Marion , la mère de Tristan qui retourna en Irlande en me damnant. Après leurs départs, je suis tombé en morceaux détachés. J'ai choisi la délinquance. À bout de désespoir, j'ai fini par tout lâcher et venir rejoindre Nadine en France. Maintenant, Nadine et moi nous sommes les deux doigts de la même main. Pour supporter notre assuétude à l'héroïne, nous devons échafauder des vols incroyables à tous les jours du matin au soir. L'été nous est difficile à bien des égards, et nos habitudes de travail changent radicalement.

Depuis notre séjour en taule, à Nadine et moi, la relation avec ses parents s’est sacrément esquintée… Ne perdons pas de vue le fait que le beau-père a mal pris que j’avais laissé un jeune fils derrière moi, en venant de ce côté-çi de l'Atlantique me faire sa fille. Pour ce qui est de l’entrainer dans une vie de drogués agrémentée de de crime, mentionnons en passant que cet épisode lui a fait frémir les narines au beau-père, moins en tant que haut gradé de l'armée Nationale de la République, qu'en tant ingénieur en aéronautique et gestionnaire de projets à Saclay à quelques années d'une retraite dorée, suite à un parcours sans tache. La belle-mêre avait un jour fait planer un nuage noir engouffrant à jamais la limousine noire ornée de drapeaux qui se présente pour son mari devant leur pavillon d'Orsay chaque matin.

Depuis quelques semaines, Nadine et moi, aussi bien dire Robin des Bois des temps présent crèchons à l’Hôtel Vix, au 19 rue de Charonne. Du côté du métro Bastille. Nous survivons dangereusement de coup fumant en arnaque pas possible. En plus des blousons de cuir quotidiens, il y a de ces jours où je sors des fourrures, un Black Glama en l'occurrence, parfois aussi nous allons du côté des grossistes en bijoux du Sentier. Nous prétendons avoir une boutique, avec fausses cartes d'affaires et souvent nous débarquons à quatre pour opérer notre magie sur les vendeuses. Notre circuit bien rôdé comprend divers type de marchandise, comme ça, notre camelote varie tout le temps, car sortir les trucs c'est une chose, il reste encore à passer rue Saint-Denis et la vendre notre camelote, la refourguer aux tapins qui elles, ont toujours de l’oseille fraîche. Et nous, les junkies, s'il y a quelque chose dont on raffole…

La concierge de notre hôtel, Madeleine, nous fourgue notre came, carrément sur le plateau du petit déjeuner. Je descends chercher le plateau chaque matin chargé avec les bols de café, les toasts et deux quart de gram de brune. Puis Vlan!... Ensuite, tous les deux, ou avec Julie, on sort faire notre , on tire à droite à gauche, puis on revient se faire un fixe. Elle et son mec, le bouquiniste aveugle d’un œil, crèchent au même hôtel. Souvent le soir je sors seul et je vais piquer des bouquins du côté de Beaubourg. Des montagnes de livres d’art, de superbes catalogues. Je me régale…

Malgré les milliers d’heures passées à piétiner du pavé, LA ville des villes continue à opérer son charme sur moi. Je ne la quitterais pour rien au monde. Paris, c’est Paris… J’y suis arrivé à vingt-et-un ans, et deux années plus tard, je ne m’imagine pas ailleurs.

Aujourd’hui Julie nous a accompagné et cela a frôlé la cata, nous avions pris du Rohypnol avec l’héro. Julie s’est entêtée avec une vendeuse qui l’avait chopée. Nous étions du côté du Sentier, en sortant de chez Molko, les sacs bourrés de chemisiers de soie.

Elle a failli tous nous faire plonger… Quel délire!

- Hep! Hep! Vous là!...

Nous on faisait la sourde oreille en nous éloignant d’un bon pas sous nos parapluies… Mais elle n'a pas lâché, cette vendeuse qui était sortie de la boutique derrière Julie, elle s’est mise à la suivre dans la rue, sans rien pour se protéger sous la flotte... Elle gagnait du terrain malgré la vingtaine de mètres qui les séparaient… Puis, avec sa à moitié étouffée par le bruit des gouttes, la vendeuse a lancé :

- Madame!... Deux petites secondes là!...

- Fait chier!, s’est exclamée Julie.

Puis, du haut de ses deux mètres, elle s’est retournée comme une automate, et elle s’est dirigée vers la bonne femme, qui elle, s’est mise a ralentir. Julie devait avoir l’air mauvais.

- Oui, vous là!..., a hésité la vendeuse. Madame?...

- Tu ne vas pas me faire chier cet aprème…, a soupiré Julie alors qu’elle fondait vers la quadragénaire. C’est à moi que tu causes?!...

Nadine a dû intervenir au plus sacrant… Quand Julie prend du Rohypnol elle est tellement blindée qu’elle ne répond de rien. Mieux vaut ne pas se mettre dans son chemin dans ces cas-là.

De mon bord, je voyais tout autour de moi se dérouler comme sur un écran sans le son, je regardais les trois nanas gesticuler à quelques mètres, le brouhaha de la rue alentour étouffant tout espoir de comprendre ce dont causait la mêlée. Le Rohypnol peut être chouette pour cela, ça permet de déconnecter.

Julie qui dominait les deux autres femmes d'une bonne tête dominait aussi le tableau que l'on qualifierait d'Art Naif . Trois jolies femmes se crêpant le chignon dans une rue de Paris, autour d'elles les passants passent, les voitures, les chiens, les pigeons passent dans l'indifférence.

Plus tard, pendant que les filles vendaient chez les putes, pour éviter la pluie fine qui tardait à cesser, j’ai patienté au café chez Albert, non loin d'Étienne-Marcel. Le patron m’a échangé des cartouches de cigarettes ainsi que nos consos contre une ou deux babioles. À la fin, nous ne sommes rentrés à l’hôtel tous les trois que vers vingt heures, je commençais à me payer toute une suée. Tous les trois, nous laissions échapper les premiers signes du manque opiacés, et vous ne croirez pas ce qui nous attendait!

Rien de moins que les Stups! Nous somme tombés dans le panneau comme des bleus. La Brigade des Stupéfiants et du Proxénétisme, en merdier et en os, en la personne spécialement d'un inspecteur qui nous avait déjà mis le grappin dessus dans une autre affaire l'année précédente! Ce chère Sergeant Latreille!

Lorsqu'ils nous eurent identifiés positivement lui et ses lourdauds ne nous lâchèrent plus la grappe… Les oreilles nous sifflaient des Nadine par-çi et des cousin par là; ils m'avaient surnommé ainsi dès notre première rencontre. Et moi, qui commençait à vraiment me sentir malade comme un chien après tout ce temps, je me suis mis à flipper… Ils ont relaxé tous un chacun avec sa convocation.



Pendant quelques heures ils ont détenu Madeleine dans la cuisinette de son cagibi avec sa petite fille. On a tous du endurer ce tableau poignant jusqu'à ce que la voisine, la patronne du bar tabac d'à côté vienne chercher la gamine en attendant les services sociaux. Ils se postaient juste un peu en retrait, les poulets, et chopaient les clients un à un. Quand le responsable de la descente a jugé que cela suffisait, ils ont préparé leur suspecte. On lui a assemblé une valise vite fait. On ne la reverrait pas de sitôt. Elle n'en menait alors-là vraiment pas large, les traits tirés trahissaient son age, elle n'était plus toute fraiche notre chère Madeleine, elle qui tentait simplement de s'en sortir avec son petit bout de choux et son amant.

C'était d'un triste à trancher au couteau, car Nadine et moi connaissions suffisamment l'histoire de Madeleine pour nous souvenir que la pauvre avait déjà perdu quelques autres enfants aux griffes des services sociaux. Pas satisfaits d'envoyer une pauvre quinquagénaire mère de famille en taule pour avoir fourni un peu de came à des drogués, les enfoirés nous ont assis sur un banc avec les menottes, puis à chacun notre tour, on nous a refilé une convocation pour le lendemain au Quai des Orfèvres. La pêche avait été moyenne: une vingtaine de grammes de poudre, pas terrible, une poignée de billets... Bien entendu ils allaient tenter de faire cracher le nom de son fournisseur à Madeleine.

Mais ce qu'ils ne savaient pas, ce dont même le propriétaire de l'hôtel lui-même ne doutait guère, était le fait que Madeleine, en plus du petit deux pièces derrière la réception, elle occupait aussi une grande chambre au deuxième avec un charmant jeune Égyptien de plusieurs années son cadet. Par ailleurs, inutile d'être devin pour y voir clair, la petite fille de Madeleine, Mathilde avait à peine trois ans et ressemblait à ce Ludfi comme deux gouttes d'eau.

La gamine ressemblait tellement à cet homme qu'il était fort probablement son père, cet homme dont je reconnaissais les traits sur le petit visage empreint d'une tristesse que le destin frappe durement. Le petit bout de fille totalement déboussolée de voir sa mère en menottes. Cet homme passa à l'avant centre de mes préoccupations tout d'un coup car maintenant que Madeleine partait pour un bail, nous n'avions pas d'autre contact que lui pour notre dose de came, j'en aurais chialé dans mon coin si ce n'était de l'idée que dans la chambre du premier, elle avait d'autre came car les poulets étaient bougrement décus de la récolte. J'avais et Nad aussi, le sentiment qu'il devait rester une belle surprise dans cette chambre. Et j'ai attendu dans mon coin que les stups un à un, rembarquent leur casino et qu'ils fichent le camp.

Aussi, il était sans nul doute illégal pour ce qui touche aux papiers, ce Ludfi, tout comme moi par ailleurs. J'étais à ce moment en France depuis plus de trois ans sans jamais avoir tenté de renouveler le visa initial de 6 mois octroyé automatiquement lors de mon arrivée à l'aéroport Paris Charles-de-Gaulle. Une fois de plus, on ne m'avait pas chargé de situation illégale, ce qui aurait entrainé mon expulsion du territoire.

jeudi 12 juin 2008

Faut qu'on se Parle

Ce matin, la magie de l'aube lance de petits cailloux lumineux à la fenêtre. La lueur rosâtre du jour qui tarde à poindre, mêlée au pépiement des volatiles, me nargue aux quatre coins du ciel. Je vendrais mon âme pour quelques heures de paix et de tranquillité.

Il y a une note épinglée de ce côté de la porte de la chambre. J'ai trop mal aux cheveux pour feindre ignorer ce qui m’attend. Je m'appuie d'un bras, fronce les sourcils, et constate qu'il y est écrit : « FAUT QU'ON SE PARLE. »

Cette plaisanterie au goût douteux m'oblige à revenir sur mes positions, je m'effondre sur le lit. La mise en garde confirme pourtant mon pronostic. J'en ai ma claque. Je hoche la tête de gauche à droite. Je me recroqueville en attitude fœtale puis me rendors. J'éprouve par ailleurs un succès quasiment orgasmique, lorsque au prochain coup de foudre, j'envoie valser le réveille-matin qui se met en travers mon sommeil.

L'instinct de survie étant un appât puissant, dès que faire se peut, je m'extirpe des draps que j'ai de collé aux reins avec l'amère sensation du renoncement capital. Je m’enhardis au seuil de cette étrange journée, dans laquelle il fera bon m'aventurer, si mes yeux en supportent l'intensité. Je me sens légèrement sonné, mal à l'aise sur mes tibias. J’acquiesce la caution indirecte du mot sur la porte. Épaulé par le manque de volonté dont je suis maître.

Est-ce que j'y vais ? : oui, non, oui, non ! Je vise malheureusement court dans mes délibérations, le premier tout petit pas m'entraîne sur la pente raide de ce lendemain difficile. Je marche debout pour descendre la déclivité car je n'ai plus le courage de ramper. Je renonce au minimum nécessaire à l'homme pour accéder au bonheur dans la vie : un grain de calme, des miettes de sérénité.

Sur ce, je tombe nez à nez avec Eve dans la cuisine. Que fabrique-t-elle ici à pareille heure plutôt que de pioncer sur le canapé ? J'ai les bras ballants. Le serrement de gorge jumelé au spasme de la poitrine est sans doute excessif, mais c'est comme ça ! Pour autant que je sache, je m'effondrerais volontiers.

J'ai du mal à sourire. En revanche, je découvre l'usage de la parole.

Je balbutie : « Bonjour… » vers son visage impassible. Au prochain élan de témérité, j'ose même un : « Ça va ? !... » Nous savons que la seule question n'est pas là. Ce qui tombe à pic, car j'ai d'autres chats à fouetter. J'oblique en baissant la tête et vais ma route sans emphase aucune.

La course à obstacles tire à sa fin ! Je mets la sauce dans la ligne droite, encore une enjambée, Ouf ! : Je recouvre la respiration avec un air de soulagement, conscient de me faire baiser par la grâce alors que je m'y attendais le moins.

Le soleil remplit la salle de bains d'une lumière qui me les souffle. Une clarté capable de décaper les plinthes profite de mes facultés affaiblies pour me triturer la cervelle. J'ai l'impression d'avoir arpenté les dunes la nuit durant, la gorge déchirée par le sable. Le seul ennui reste que ceci se déroule à des galaxies du plus proche pays tropical. On dirait que quelqu’un joue avec l’interrupteur de mon cerveau.

Je me demande jusqu’où je vais sombrer ? Et tel celui qui revient à la surface après un long séjour dans la soute d’un navire, je me jauge à la première glace venue. Il serait d'ailleurs inutile de s'éterniser sur cet état de fait ! Disons simplement que les lendemains difficiles sont de plus en plus douloureux : Point !

Je me rappelle mon nom, je sais où je suis, c'est quand même là l'essentiel ! Je fais couler l’eau, quitte à me tailler les poils du nez, jusqu’à ce que la température ne se stabilise. Bouche bée. Sans remords ni regrets. Il n'y a que moi pour vivre des choses aussi lamentables et ne jamais m'en lasser.

Au moment précis où la poussière de l’esprit se pose sur cette réflexion, un bruit trouble retentit quelque part dans l'appartement. Un parasite venu interrompre ma méditation matinale. Loin de m'en alarmer, loin d'envisager le pire, j'en déduis que par inadvertance Eve a échappé quelque chose ou renversé un objet contondant. Réflexion faite : elle peut pilonner la baraque, si ça lui chante ! Tout casser ! Il y a une éternité qu'elle me bat froid ! S'il faut mettre le feu pour voir une étincelle au bout du tunnel, ça sera toujours ça de gagné !

De mon côté, je m'engouffre sous le torrent du jet glacé. Le rideau de douche orné de batraciens me fait des clins d’œil qui réveillent le serpent de ma loque invertébrée. Il me faut me retenir, sinon je me branlerais en sifflotant. Mais pas aujourd'hui ! Non Mesdames ! Je nous épargne la description.

Aujourd'hui étant le matin du grand jour, je ménage mes forces. J'ouvre bien grandes les paupières sous la tourmente. Le blanc de mes yeux redeviendra bientôt blanc. Je verrai dans quelques heures se concrétiser le fruit de longues et ardues semaines de labeur. J’aimerais pouvoir regarder dans tous les coins sans cette turbidité. L'antidote à mon cafard me fouette le crâne, le choc aqueux dégourdit le reste des muscles. Je mousse avec la savonnette en prenant soin d'éviter quelque zone prônant l'exploration. Je m'astique de fond en comble sauf pour l'élément que je viens de donner à entendre. Je ressors initié du rite, sans la moindre égratignure. À toute fin pratique indemne. Je fléchis un peu des biceps, j'engloutis un verre d'eau, je me masse les gencives du bout du doigt avec du dentifrice. Pour finir, je me rase un contour parfait autour de la mâchoire, avant de me gifler les joues d'après rasage. J'enfile ensuite un peignoir ce qu'il y a de plus moelleux. J’entreprends le chemin inverse dans le couloir, laissant de petites flaques sur mon passage, remonté à mon maximum dans les circonstances. La cuisine ressemble à un champ de bataille. Je fais mon entrée qui ressemble à une irruption à en juger par le sursaut que cela provoque. Mes intentions sont des plus nobles : d'abord prendre le pouls de la situation, n'entamer la conversation qu'en cas de force majeure. Très à propos, je m'affaire avec des gestes saccadés à vider le cendrier, donner un coup de torchon par-ci, empiler la vaisselle par-là. J'amoncelle les canettes dans un sac étant donné le trop plein sous l'évier.

Eve n'a pas bronché ou si peu depuis tout à l'heure. Je ne remarque rien d'anormal, eu égard à ce drôle de bruit qui occupe encore une partie de mon esprit. Rien de cassé.

Cela explique peut-être pourquoi j'agis en prévision de diverses éventualités. Je redoute ce qu'il adviendra quand mon regard croisera le sien. Pour l'instant elle m'ignore. Elle s'allume une cigarette sans relever ne serait ce qu'une allusion à ma présence. Je suis une forme de flatulence, un déplacement intangible de vent. Cela simplifie ma mission, et je redouble d'attention. Je range les magazines et les journaux qui traînent autour dans le machin à recyclage.

La perspective d'une discussion m'accable.

Je préfère franchement m'en tenir aux dispositions que j'ai arrêtées.

Je me décortique en quatre pour lui être serviable. On ne peut pas dire qu'elle soit très causante. Je fais fi d'exposer mon point de vue. Le train-train me va d’ailleurs comme un gant. Dans la mesure ou le premier mot se fait attendre, je m'occupe. La bouilloire siffle, je rajoute du café, j'enfourne un tas de vaisselle sale dans l'évier, puis à court d'inspiration je teste les réflexes de mes globes oculaires au-dessus de la mousse qui grimpe dans le bac.

Au bout d'un laps de temps indéfini, je m'arrache à ma contemplation, me retourne pour lui faire face. Le plus dur en fait, c'est de décider quelque chose. Il me suffit de la dévisager pendant qu'elle remplit son bol, que la sueur perle à mon front.

Je la fixe intensément. Ce que je vois me paralyse. Dans ce même ordre d'idée, je lui conseillerais de finir de s'habiller si elle persiste dans son mutisme. Elle est comme ça Eve, pas trop versée sur la pudeur. Des bains d'air qu'elle appelle ça ! Remarquez que cela aurait bénéfice de faciliter le contact, en cas de catastrophe naturelle par exemple, car à moins d'un tremblement de terre, il me sera impossible de l'approcher dans l'heure qui suit. Mon esprit capitule à son propre manque de défenses tout en profitant d'une fameuse occasion pour se taire.

Il n'empêche que je ne suis pas un mufle. Au lieu de tourner autour du pot, par acquis de conscience, je tire une chaise et m'assieds.

Du coup elle se lève, propulsée dirait-on par un siège éjectable. La lumière s'amasse autour d'elle en un halo d'où émane son visage aux traits visiblement tirés. Elle est belle à en croiser les jambes lorsqu'elle me tourne le dos et va se poster à la fenêtre panoramique. Elle s'y statufie dans la même position où elle passait autrefois des heures à observer les oiseaux. Maintenant on y voit immédiatement l'immeuble d'en face.

Elle a les poings enfoncés dans les hanches dont je contemple la symétrie. Ses cuisses se prolongent en une coulée de pur bronze, à la sortie du short qui lui moule vous savez quoi à merveille. Elle soupire de tout son corps, d'un mélange de colère et de résignation. C'est un spectacle particulièrement éprouvant pour moi, à cet instant précis de ma vie.

Je cherche de solides excuses à mes manquements, je suis coupable, je le sais. De quoi ? Fouillez-moi ! Je n'ai rien à cacher. Plus je gamberge, moins je vois clair à mes propres alibis. J'ai perdu la clef de la porte du Paradis sur terre, il ne reste qu'à regarder Eve par le trou de la serrure, la salive à la bouche. Faute d'y être à mon avantage, je bénéficie d'un point de vue hors pair.

Elle lutte contre une force terrible qui sourdre de l'âme, un magma en voie d'éruption. Elle écarte ses mains tremblantes, aussitôt ses bras sont parcourus de légers spasmes. Soudain, un poing sorti de nul part jaillit au-dessus de sa tête. Tous ses membres trémulent, ensorcelés par l'envoûtement.

Au moment de l'apogée, son biceps se contorsionne, et contre toute attente : elle abat son

poing de plein fouet dans l'immensité vitrée.

Ce geste délétère me résonne au creux des entrailles en un écho de sourde terreur.

Quand je rouvre les yeux, force m'est de croire aux miracles, car le verre a tenu bon !

Je bondis vers elle mais le hurlement guttural d'outre-tombe qui lui échappe me stoppe net sur ma trajectoire. Elle me fait signe de garder mes distances. J'obtempère lorsqu'elle s'éloigne de la fenêtre, assez secoué tout de même. Le verre eut-il cédé qu'il ne resterait qu'à attendre l'ambulance en regardant le sang se dévider à gros bouillons. D'énormes larmes roulent à présent sur ses joues. Elle ne pleure pas, elle souffre. Elle se précipite hors d'atteinte, vraisemblablement vers la chambre.

J'ai beau avoir les sens aux aguets, ainsi que les nerfs en état d'alerte, je ne me sens que partiellement rassuré. Car si elle ne m'a pas tué hier soir, ce n'est pas l'envie qui lui en a manqué. Je vous raconterai ça plus tard, la voilà qui réapparaît avec un mouchoir dans une main. De l'autre elle serre une liasse de documents contenus dans une chemise kraft.

Elle se mouche bruyamment puis farfouille pour on ne sait quoi dans la paperasse qu'elle a posé sur le comptoir. Elle passe du coq à l'âne à une telle vélocité que j'ai peine à suivre le cours des événements. Si je ne m'abuse, son accès de colère s'est résorbé. Elle dégage à présent un calme sidérant. Tout me porte à croire qu'il n'y a rien de tel qu'une tentative de suicide ou de meurtre pour redonner confiance en ses convictions. Que va-t-elle me sortir maintenant ??? Notre correspondance amoureuse ? Mes factures à solder ? Où veut-elle en venir ?

Non mais Ho !!! Je le reconnais ce truc-là : c'est mon manuscrit qu'elle porte vers son cœur ! Quand ! Cinématographique ! Elle recule à lenteur calculée dans le contre-jour. Ses sourcils en forme de lance-roquettes me prennent en mire. Du bout des lèvres elle susurre : « L'es... cla... ve... du... dé... sir ! » Suivi d'un rire aussi troublant que diabolique.

Son sang froid sans borne me décontenance. Elle profite de ma catatonie pour me trouer comme une passoire en lançant mon manuscrit vers le plafond. Mes 187 pages retombent en une avalanche d’avortons qui se dispersent à tout va. Les yeux lui pétillent tout à coup. Une lueur trouble s'en dégage - et là tenez-vous bien : « C'est ça que t'appelle un roman ? !!! », m'interroge-t-elle sur un ton des plus malveillants.

Je trouve le moment pour partager ses dons de voyance littéraire mal choisi. Je commence à croire que ca ne tourne carrément pas rond. D'autant plus que je le trouve joli mon titre !

- Tu n'y es pas du tout mon cher ami ! ... Alors-là... pas... du... tout ! ... Je vais te dire ce que c'est ! ... De la foutaise !!!, finit-elle par m'éclairer.

Je me vautre à quatre pattes et entasse illico les pages pêle-mêle. Je pose ma maigre pitance sur la table, curieux de connaître la suite.

- T'es qu'un pauvre mec !!!, vocifère-t-elle. Ça t'a pris six mois pour en arriver là ? ! Six mois que tu me négliges !!!... Hé ! Ben ! dis donc !...

Sur ce le téléphone sonne... «ça ! C'est pour moi ! », lance-t-elle.

Je trouve : « Ça » plutôt bizarre, si je puis me permettre, surtout qu'elle se lève rarement avant midi. Elle contourne la table, son sourire volatile me dévoile toutes les dents de sa jeunesse. Lorsqu'elle arrive à ma proximité, je sursaute à temps et lui attrape un coude, j'ai envie de l'embrasser juste pour voir. Son regard me les scie, la modulation qui persiste du salon l'emporte, moyennant quoi elle s'éclipse.

En tout état de fait, je dispose au plus d'une quinzaine de minutes avant de me matérialiser sur le chantier. Il n'y a rien de pire que ces journées à me décarcasser sous le soleil qui plombe, en me rongeant les sangs pour un quiproquo irrésolu.

Maintenant elle rit aux éclats et cela commence à bien faire. J'ai beau en avoir jusque-là de nos interminables malentendus pour des broutilles, je mettrais ma main au feu pour le moindre indice de ce qu'elle trame. Il n'y a peut-être plus grand chose à sauver mais j'aime Eve de tout cœur.

Si notre relation ne tient qu'à un fil : je m'y pendrai !

NE TIREZ PLUS!

P O É S I E F R O N T A L E

T e X t W o R X